Steven Palanchuck

Personne ne viendra nous sauver

Publié d’abord dans Profession Santé le 15 septembre 2025. Lire la version d’origine. Republié ici en intégral.

Je le dis souvent, personne ne viendra nous sauver. L’aide qu’on attend devra venir de nous, entre nous, du terrain. Pas d’en haut.

Qui peut mieux soigner les soignantes et les soignants que les personnes qui en ont fait une vocation et un choix de vie?

Le système ne changera pas magiquement pour prendre soin de nous. Mais il faut se rappeler que nous aussi, nous sommes le système, chacune et chacun de nous.

On peut et on doit militer pour une valorisation de nos rôles, une meilleure compréhension de nos réalités et une reconnaissance juste et digne. Mais, au-delà des ententes négociées et des débats sur la forme, j’aimerais qu’on revienne à ce qui est d’après moi vraiment essentiel, aux véritables raisons qui ont fait (et qui font toujours) que nous avons choisi ce métier, en dépit des risques qui viennent avec.

On nous parle de cibles, de performances, d’accessibilité et d’organisation de la pratique. On nous rappelle notre imputabilité, mais je dirais que nous devrions voir ce sens du devoir sous la loupe de notre propre bien-être.

Pas pour demander plus de compensation, ni même davantage de compassion à notre égard.

Si la communauté soignante s’effondre, c’est tout le système qui tombe.
Nous ne devrions pas avoir à nous justifier pour prendre soin de nous, entre nous.
Nous ne devrions pas avoir à demander la permission d’aller bien ou de nous organiser pour être en mesure de faire notre métier avec tout le cœur et l’humanité nécessaires.

Mais par où commencer?
Comment s’attaquer à ces enjeux sans nous y perdre nous-mêmes, face à un système qui semble parfois conçu pour broyer même les individus les plus résilients?

En commençant par soi, d’abord.
Ensuite, par celles et ceux qui nous entourent directement.

Changer une culture prendra du temps.
Ne soyons pas simplistes ou naïfs.

Mais personne ne viendra me dire qu’il est impossible de faire les choses différemment.

La solution est bien accessible, à condition de commencer quelque part, par de petits gestes concrets répétés chaque jour, et encore, et encore.

En se parlant plus.
En s’écoutant mieux, pour vrai.

Soigner est notre spécialité.
Il serait peut-être temps de le démontrer.

Je nous mets au défi. Prenons soin de nous et je vous garantis que nous pourrons mieux prendre soin des autres.

Besoin d’aide? Programme d’aide aux médecins du Québec, 1 800 387-4166 · suicide.ca, 1 866 277-3553