Je ne suis pas un héros
Publié d’abord dans Profession Santé le 17 octobre 2025. Lire la version d’origine. Republié ici en intégral.
Les anges gardiens...
Les héros de la santé...
Les superinfirmières...
On ne manque pas de superlatifs pour décrire la communauté soignante qui veille au bien-être collectif.
Mais même dans les contes de fées, les protagonistes font face à des épreuves, parfois plus épiques les unes que les autres. On les voit alors souvent s’unir devant l’adversité pour ressortir grandis et transformés, une fois rendus au bout de leur quête. Les péripéties s’enchaînent jusqu’au moment où la tâche semble impossible, même pour les personnes les mieux préparées.
Puis, grâce au courage et à la détermination, le bien l’emporte. La victoire est triomphante. L’histoire se termine. Les héros se reposent.
Pourquoi parler de tout ça?
Parce que soigner, c’est tout sauf un conte de fées aux rebondissements prédéterminés. L’humain étant une machine parfaitement imparfaite, nous sommes condamnés à vivre un jour ou l’autre l’adversité.
Et les soignantes et les soignants ne sont ni différents ni épargnés.
La vie nous traverse toutes et tous en une série d’événements souvent difficiles à expliquer. Nous vivons des joies, des peines. Nous tombons malades. On nous traite comme des soldats, mais nous ne sommes pas immunisés contre les chutes, même brutales, même insensées. Nous avons des proches à accompagner. Des deuils à traverser. Des nuits sans sommeil.
Bref, ni plus ni moins que tout le monde.
Et pourtant, le mythe de l’invulnérabilité nous colle à la peau, comme une pièce de théâtre trop bien répétée. Sauf que, soudainement, nous ne sommes plus acteurs. Nous devenons spectateurs. Et le rôle ne nous va plus.
Être malade, être une personne soignée, ce n’est pas un rôle qu’on connaît. Le jeu sonne faux. On se sent nu sur une scène, devant un public qui attend qu’on retrouve sa réplique. Mais les mots ne viennent pas.
La honte monte.
«Qu’est-ce que les gens vont dire si on apprend que je suis malade?»
C’est encore pire quand la blessure est invisible, mais que c’est notre âme qui est abîmée. La peur s’installe. L’estomac se serre. Le trac monte.
«Je ne peux pas m’absenter, les autres ont besoin de moi...»
On tente de continuer, même quand le corps lâche, même quand la tête crie de tout arrêter.
Personne ne sera épargné, c’est connu. Mais chacun réagira à sa façon lorsque cela surviendra. Et nous pourrons, comme collègues, soit soutenir, soit juger en silence.
Pour ma part, mon choix est maintenant clair. Je sais de quel côté de l’histoire je veux me retrouver.
Pas au ciel avec les anges.
Pas dans les récits de superhéros.
Non.
Ici.
Avec vous.
Tout simplement.
Je ne suis pas différent.
Juste un humain parmi mes semblables.