Steven Palanchuck

J’avais décroché. Alors pourquoi continuer?

Publié d’abord dans Profession Santé le 7 janvier 2026. Lire la version d’origine. Republié ici en intégral.

En novembre dernier, j’écrivais que j’avais décroché.
Je ne suis probablement pas le seul à aussi me demander parfois pourquoi, après une longue garde éprouvante, j’ai choisi ce métier et tout ce qui vient avec.

En ce début de 2026, la question demeure. Elle revient, parfois plus doucement, parfois avec insistance.

On parle bien souvent de l’appel de la vocation.
Je l’ai entendu, je l’ai même ressenti.
Très jeune.

Mais d’où vient cette voix?

Je me souviens de ma mère infirmière.
Travaillante.
Dédiée.
Fidèle au poste.
Présente au chevet de ses patients.

Je me souviens aussi de ces soirées passées seul avec ma gardienne, à attendre que ma mère revienne à la maison.
Elle ne pouvait manifestement pas être présente partout en même temps, même si, souvent, c’était l’impression que j’avais.

Elle avait un sens du devoir envers ses patients.
Elle savait aussi me faire comprendre que ce n’était pas parce qu’elle voulait s’absenter de moi.
Elle devait «prendre soin».

Évidemment, trente ans plus tard, moi-même professionnel soignant, je comprends maintenant pourquoi.

Une fois devenu adulte, j’ai répété le même cycle.
La même chose, avec mes proches.

J’avais maintenant un devoir envers mes patients, moi aussi.
Je me devais d’être travaillant, dévoué, fidèle au poste, présent au chevet de mes patients.

Je comprenais que c’était aussi une question de système.
Si moi je m’absente, alors mes collègues devront prendre le relais de mes soins.
Si moi je pars pour une urgence familiale, alors d’autres familles devront elles aussi attendre.

Mais si moi je m’effondre…
Personne ne viendra me sauver.

Et le système me demandera quand même de continuer, même si je n’ai plus rien à donner.

Alors, je continuais.

Mais donc je répète ma question initiale:
Pourquoi ai-je choisi ce métier?

Certains jours, j’ai les réponses.
D’autres jours, c’est moins évident.

J’aime me rappeler que je fais partie d’une grande chaîne de soins.
Nous sommes plusieurs maillons.
Nous avons toutes et tous nos rôles à jouer.

On parlait plus tôt de vocation…
On associe souvent ce terme à un appel mystique, presque sacrificiel.

J’ai appris que ce mot vient en fait du latin classique vocare, qui signifie «appeler», ainsi que de vocis, pour «les voix».

Ces voix qui nous appellent, nous les avons entendues.
Mais je ne pense pas qu’on parlait des patients ici, en fait.

Non.

Je réalise que ce sont plutôt nos voix, soignantes et soignants, qui nous appellent à nous unir pour devenir un maillon de cette grande chaîne du soin.

Encore faut-il prendre le temps de nous écouter et de nous soutenir vraiment.

Ces dernières semaines, j’ai d’ailleurs pris le temps de réécouter plusieurs de ces voix.
De les laisser se répondre, se superposer, parfois se contredire.
Elles ont fini par former un collage, comme une mémoire collective, que j’ai rassemblé dans un épisode spécial de Soigner jusqu’à se briser, comme une revue de l’année 2025.
https://tr.ee/aAt2vbTH9G

Et, lors des jours plus difficiles,
ça suffit parfois pour continuer.

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